Chacun met son parpaing à l’édifice… 

Résidence artistique en partenariat avec l’entreprise Lamotte

En fin d’année 2016, l’association a lancé un appel à projet auprès d’artistes. C’est l’artiste Elodie Guignard qui a été retenue avec son projet photographique qui intègre la poésie personnelle de chacun sur son lieu de travail. Le projet a été construit en étroite collaboration avec le groupeLamotte qui a pris le pari de laisser l’artiste développer son action avec l’ensemble de ses 200 collaborateurs.

Durant sa résidence, Élodie a proposé à chaque personne du groupe de se mettre en scène là où elle travaille, en apportant son univers personnel et sa poésie intime. Un espace de liberté créative, une rencontre avec une artiste, un projet où chacun prend le risque de se dévoiler aux autres, le tout sur le temps du travail.

Le travail d’Elodie a fait l’objet d’un livre, publié en décembre dernier aux Editions de Juillet, maison d’édition spécialisée dans la photographie actuelle et partenaire des Ailes de Caïus depuis de nombreuses années.

Ciments 

Élodie Guignard ne prend pas de photos. Prendre n’est pas dans son vocabulaire. Élodie travaille pour que son modèle lui donne. On pourrait dire qu’elle  «reçoit» son image.

Si l’autre ne donne rien, elle ne peut déclencher qu’une simple action mécanique sur son appareil. Ceci ne fait pas œuvre. Photographier serait donc pour elle une forme de relation à l’autre. Pas de rapt, vol, cliché impromptu, «prise» photographique, la démarche d’Élodie s’installe dans le temps. Elle est l’anti-paparazzi. Le temps de la poésie n’est pas le temps de l’entreprise. Dans le travail de résidence qu’a réalisé la photographe pendant six mois au sein d’une entreprise immobilière, le Groupe Lamotte, l’enjeu était de taille : réaliser un portrait des deux cent trente collaborateurs sur treize sites en France. L’ambition affichée était de faire surgir une parcelle de poésie dans le monde du travail. Elle a donc demandé à chacun d’apporter une part de son intimité et de la mettre en scène sur un lieu de son choix. Il fallait pour Élodie  « apprivoiser » le sujet comme le Petit Prince approche le renard. Pas à pas, sans geste brusque, mettre en place une relation entre celui qui se livre et celle qui doit figer ce moment. Et c’est aussi l’histoire, en retour de ce qu’il donne, du renard qui change le Petit Prince qui reçoit.

La douceur d’Élodie a joué un rôle primordial dans l’aventure. Son amour de l’Inde n’y est peut-être pas étranger. Mais si l’on ajoute la lumière du Sud-Ouest, la pluie ou le vent bretons, les aléas de la vie personnelle ou professionnelle, au moment du rendez-vous fixé, la probabilité que tous les feux soient au vert est faible. C’est probablement l’humanité qui est visible sur ces images ; Élodie Guignard crée un lien entre les êtres. Un lien fort et solide. Un ciment.

Texte de Loïc Bodin, issu de l’ouvrage


… parmi les photographies à découvrir dans le livre :

© Elodie Guignard, 2017

Ciments

Entretien avec Élodie Guignard mené par Isabelle Tessier, directrice de l’artothèque de Vitré (35)

Auteurs : Elodie Guignard, Loïc Bodin, Isabelle Tessier

16 x 23 cm – 112 pages intérieures en  couleurs – Couverture rigide

ISBN : 978-2-36510-056-4

https://www.editionsdejuillet.com/products/ciments