Voir la mer

Photographies de Céline Dias

Exposition du 10 septembre au 29 novembre 20019
Vernissage le 19 septembre à partir de 18h30

Désormais, profiter du rêve balnéaire en ville devient possible. Depuis une dizaine d’années, le concept de plages urbaines se développe en France. Les sens et les frontières s’y brouillent et donnent parfois l’impression d’avoir un photomontage sous les yeux.

Saint-Quentin, Lille, Rouen, Rosny-Sous-Bois, Clichy Plage, Corbeil-Essonne plage remplaceront-elles Dinard, la Baule, Nice et Marseille dans les années à venir ? Comment imagine-t-on, agit-on et vit-on ce désir balnéaire quand on habite loin de la côte ? Comment joue-t-on à être à la plage sans la mer ? Comment les plages urbaines modèlent la ville et s’intègrent-elles au paysage ? Comment ces lieux sont-ils détournés, habités et vécus par les plagistes ? Comment font-ils lien social ?

Les photos de la série Voir la mer, de Céline Diais tentent d’éclairer ces multiples aspects et mettent en avant ces univers surréalistes où la congestion des villes vient contraster avec l’imaginaire marin.

Teintées d’une légère mélancolie, les images se soustraient à toute temporalité et donnent l’impression d’un hors temps. Avec leurs couleurs douces, elles révèlent la poésie, la beauté́ et l’insolite de ces endroits ou comme le dit l’ethnologue Emmanuelle Lallemant « les gens sont collectivement invités à participer à une pirouette qui consiste à jouer à la plage sans la mer ».

« Imaginez des tonnes de sable, des rennais en maillot de bain et la place de l’opéra dans la capitale bretonne, transformée en plage. Voilà sur quoi je suis tombée en juillet 2014 à Saint-Quentin. Un endroit surréaliste où la mer s’invite en plein cœur du centre-ville depuis 20 ans. »

Photographe, fascinée par l’univers marin et l’imaginaire qui s’en dégage, Céline Diais s’intéresse au sujet des plages urbaines depuis cinq ans. Les photographies de cette série sont réalisées avec un Yashica Mat, un appareil moyen format datant des années 70. Cet appareil photo permet à l’artiste d’être plus discrète et ne pas être intrusive face à des personnes en maillot de bain ou dénudées.

« Porter cet appareil reflex étrange au cou a également déclenché la curiosité des baigneurs, facilité le dialogue, les échanges et mon « intégration » sur place. Cet aspect m’importait puisque je conçois d’abord la photographie comme une rencontre. » 

L’environnement marin est un vecteur d’imaginaire très fort. Ses images agissent sur le spectateur comme les images d’un rêve, celui d’un paysage marin lointain, l’invitant à la contemplation. Elles sont aussi un acte militant, engagé, qui traite des vacances de ceux qui ne peuvent pas en prendre.

Ce « tourisme de simulation » s’affranchit donc des contraintes du site, du milieu géographique, du paysage, etc. Ces univers reconstruits mettent en œuvre une sorte d’exotisme à portée de main, pour donner l’illusion du réel. Bienvenue dans un univers surréaliste pour l’œil du spectateur de passage – où univers marin et urbain se confrontent.

Le concept de plages urbaines se développe depuis une dizaine d’années. Le phénomène est pourtant plus ancien. Dès 1934, une plage artificielle est créée à Londres, « Tower Beach », elle ferme en 1971 pour cause de pollution. En France, Saint-Quentin est la première commune à avoir aménagé une grande étendue de sable dans un cadre urbain (1996). C’est la naissance de Paris Plage en 2002 qui accélère le processus. Le phénomène est désormais mondial. Bruxelles, Berlin, Montréal ont désormais leur plage.

Dans l’Hexagone, on compte aujourd’hui une cinquantaine de plages urbaines. Elles permettent à une partie de la population de profiter du rêve balnéaire en ville. Des paysagistes, aménageurs, urbanistes tentent de domestiquer cet univers. On y retrouve tous les symboles de la plage : palmiers, cabines, sable, etc.

Ces espaces publics éphémères détournés font lien social. Ils s’articulent entre deux entités, la plage et la ville. Cette opération de « balnéarisation » de l’espace public constitue une nouvelle manière de « faire ville » aujourd’hui.

BIO EXPRESS

Céline Diais, vit à Rennes. Photographe autodidacte, elle découvre la photo lors de ses études de journalisme. Après plusieurs années en presse quotidienne régionale, elle décide de raconter en images une première série « Voir la mer » (2014-2019).

Fascinée par l’environnement marin et l’imaginaire qui s’en dégage, cette série questionne le développement des plages urbaines en France. « Voir la mer » est lauréat de la bourse brouillon d’un rêve Image fixe de la Scam en 2016 et finaliste de la Bourse du Talent 2018 (catégorie paysage-architecture). Le projet a été exposé en France et à l’étranger.

Céline Diais est membre du studio Hans Lucas depuis janvier 2018.

3 QUESTIONS A L’ARTISTE

1.Pourquoi ce choix thématique des plages urbaines ?

Je me suis lancée sur cette série après la lecture d’un article sur Rosny-plage je crois. On y voyait en photo, une jeune femme en maillot de bain sur du sable et derrière elle des tours. Le contraste entre les deux univers m’avait frappée. Je me suis ensuite documentée et rendue compte qu’il existait de nombreuses plages de cet type. Je travaille beaucoup autour de l’univers de la mer (pour le magazine Voiles et voiliers notamment en tant que rédactrice et photographe) et je trouvais intéressant d’aller voir comment on jouait à être à la mer à des kilomètres de la côte. Au début c’est la curiosité qui m’a guidée. Je suis allée voir la plus ancienne plage urbaine de France à Saint-Quentin dans le Nord. C’est elle qui a inspiré Paris plage et par la suite toutes les plages urbaines que l’on trouve dans de nombreuses capitales européennes (Londres, Amsterdam, Berlin, Dublin, etc).

J’étais complètement fascinée par cet univers surréaliste, où l’on a l’impression d’avoir un photomontage sous les yeux.

2.Cette mode est-elle l’incarnation du rêve occidental de la plage de rêve exotique ?

Je ne pense pas. Quand on prend un peu de recul ce ne sont pas vraiment des plages de rêve ! Il y a du bruit, pas mal de circulation autour. On ne s’en rend pas forcément compte sur les photos mais ce n’est pas toujours très grand et il y a beaucoup de monde. Ce qui est drôle, c’est qu’en fonction des lieux, les mairies ou les organisateurs ont amené des représentations de leur plage idéale. Par exemple, à Lille, on retrouve des cabines de plage très colorés et en bois, un peu comme à Deauville.

3.On voit beaucoup de diversité sur vos photos, est-ce un travail engagé socialement ?

À l’origine, je n’avais pas ça en tête. Les plages urbaines sont très nombreuses en banlieue parisienne. Elles sont fréquentées par leurs habitants qui ne partent pas en vacances. Quand j’ai montré mes images sans préciser le lieu, on m’a souvent dit, ha c’est aux USA, ou en Angleterre. Montrer la diversité et des populations visibles plus souvent lors d’émeutes, ca me plaisait aussi. Et en photo, c’est intéressant, ca donne une autre porte d’entrée à la série, certains vont s’attacher à l’aspect poétique et intemporel avec les couleurs douces, ou au coté surréaliste et d’autres à ce côté plus sociologique.


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