Maël Nozahic, Acta est fabula, huile sur toile, 130 x 160 cm, 2015

Maël Nozahic

« Dromomanie »

Galerie Net Plus
6 déc > 6 mars 2018

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La terre des rêves. Au commencement était un parc d’attraction abandonné. Lors d’un séjour en Allemagne, Maël Nozahic est happée par ce lieu qui a incarné la vie débordante et qui, pourtant, n’est plus. Elle fait des clichés photographiques qu’elle utilisera comme décor pour son travail plastique. Elle s’inscrit sans le savoir dans une lignée d’artistes, Futuristes et Surréalistes qui, dès le début du XXème siècle, ont perçu le potentiel des parcs de loisirs. En Europe, les Surréalistes fréquentent la foire du trône. Aux Etats Unis, John Stella peint les lumières des nuits de Luna Park.

La culture de masse croise alors celle des érudits de la peinture.

Etrangement, tout l’univers de Maël Nozahic est déjà contenu dans l’histoire de Dream Land à Coney Island ou celle de Luna Park. Les visions des villes futuristes imaginées dans ces premiers parcs réalisés en carton-pâte ressemblent étonnamment aux nôtres aujourd’hui. Les manèges de chevaux de bois sortis tout droit d’un « Pinocchio » de Luigi Comencini, les montagnes russes et toboggans aquatiques, un village de nains et des « freaks » chers à l’univers du cirque, la destruction rituelle d’une partie du parc par les flammes inscrivant l’autodestruction au cœur de la scénographie d’une journée festive, les figurants de toutes origines européennes parqués dans l’île et inquiétant les notables de la grande ville toute proche, tout est réuni ici comme dans les toiles de Nozahic.

Attirer le chaland par les lumières qui scintillent, les couleurs qui claquent et les bruits de la fête pour mieux l‘apeurer et le détrousser.

De vie et de mort. Ce sentiment ambivalent d’attraction/répulsion est une clef de lecture de la peinture de Maël. Les forces s’opposent dans sa peinture, prenant souvent la forme de deux figures qui s’affrontent sur fond de nuit, comme un combat pictural d’Eros et Thanatos cher au découvreur de l’inconscient* ou à la lutte biblique de Jacob avec l’ange* dans l’ancien testament.

Les sujets de l’artiste sont tous là, présents/absents : manèges, carrousels multicolores, danse, ronde, folklore, monstres, magie, sorcellerie, musique sourde, bestiaire fantastique, ils répondent tous à l’appel de la peintre qui leur donne rendez-vous au parc d’attraction qui l’a fasciné à l’origine de sa création au point qu’elle décide d’y camper son chevalet mental.

Canivet. Le principe du collage qu’elle a expérimenté dans une série de Canivets*, elle l’applique à ses images qu’elle compose d’éléments qui pourraient paraître hétérogènes, cacophoniques et qui finissent par créer une joyeuse mais inquiétante harmonie. De cette ancienne pratique, elle a gardé l’assemblage que l’on retrouvera dans tout son travail pictural et en volume.

Meute. De la fête et du carnaval, elle garde l’appétence du volume. Ce qui l’intéresse n’est pas vraiment la sculpture mais la troisième dimension. Son approche s’apparente plus à des effigies de carnavals sorties d’une toile, attendant le char qui ne saurait tarder pour accueillir ces hyènes polychromes, charognardes,  rigolardes,  prêtes à se repaitre de nos propres bacchanales.

Une peinture à dormir debout. Dans certaines séries, les personnages sont seuls comme celles des Mondfängers, isolés et plein cadre dans un monde théâtral où la terre est une scène et la nuit un rideau de fond. L’artiste a réalisé cette série dans le village entouré de forêts de Meisenthal en Moselle où les habitants sont appelés les attrapeurs de lune, à cause d’une légende locale selon laquelle nous dit l’artiste : « Quelques habitants, une nuit un peu arrosée, auraient tenté d’attraper la lune qui se reflétait dans un étang, en y faisant boire une vache afin de le vider et de pouvoir ainsi l’y récupérer. » Dans d’autres, ils dansent en costume traditionnel et peuplent son univers muet qui pourtant résonne comme la bande son d’un film d’Emir Kusturica.

Dromomanie. Un pèlerinage* est un cheminement effectué par un croyant. Le pèlerin (nous ? l’artiste ?) est le croyant qui va voyager vers un lieu de dévotion (la peinture ?), vers un endroit circonscrit (l’œuvre ?) tenu pour sacré selon lui, car supposé contenir un lien direct avec une divinité grâce à une relique, une légende, une source, un arbre.

Nozahic nous convie à prendre notre bâton de pèlerin pour, comme ses figures peintes, convoquer nos joies et nos peines, nos envies et nos peurs sur la scène de ses petits théâtres ambulants que sont chacune de ses œuvres, comme celui de Mickey Sabbath dans les rues de New York où le marionnettiste a un goût prononcé pour l’amour, l’auto dérision et l’auto destruction*.

Un travail hors du temps qui prends ses sources dans nos rêves passés et à venir, comme une prémonition d’une fée au pinceau magique de la sombre forêt du Fouesnant.

La couleur de la nuit, Loïc Bodin

Octobre 2017

 

*Sigmund Freud, « Malaise dans la civilisation », 1929

*Jacob croit se battre contre un ange mais c’est contre Dieu qu’il livre son combat

*Un Canivet est un genre particulier d’image pieuse de l’iconographie chrétienne. Le « Canivet » désigne également l’outil qui permet le découpage.

*du latin peregrinus, « étranger »

* Le Théâtre de Sabbath, roman de Philip Roth, 1995

Exposition jusqu’au 6 mars 2018

Infos pratiques :

Galerie Net Plus
60 A rue de la Rigourdière
35510 Cesson-Sévigné
Tél. : 02 99 22 77 99
contact[ at ]ailesdecaius.fr

Bus n°67
Arrêt Champelé

Entrée libre, du lundi au vendredi, de 9h à 18h
Visite de groupes sur rendez-vous.