Les sillons d’Éole

Pascal Jounier Trémelo

Exposition du 27 septembre au 25 novembre 2022
Galerie Net Plus 

 

La saison 2022/2023 marque un tournant pour la Galerie Net Plus. Ce sont 4 expositions qui se feront suite sur toute l’année, mettant à l’honneur la relation entre le dessin et l’œuvre. C’est Pascal Jounier Trémelo qui inaugure cette aventure, à partir du 27 septembre 2022. 

Maître et régisseur des vents, fils des dieux et complice – pour un temps ! – d’Ulysse, Éole se fait l’acolyte de Pascal Jounier Trémelo pour cette exposition inédite de l’artiste rennais. Invité à quitter son palais céleste pour sillonner la Galerie Net Plus, le dieu des vents s’immisce dans les interstices laissés, à dessein, par l’artiste. Une porte qui s’ouvre et se referme, les pas, mouvements et respirations des spectateurs… Le moindre courant d’air gonfle les voiles de ces grands dessins suspendus au mur. C’est une déambulation sur les traces d’Éole que nous propose Pascal Jounier Trémelo ; c’est un voyage au cœur de sa pratique artistique, riche dans sa forme et dans son propos, auquel il nous convie.

INSELBERG. 2022, ciment, sable, pigments, 27 x 20 x 27 cm – crédits photo : Pascal Jounier Trémelo

« Il écorche un taureau de neuf ans ; dans la peau, il coud toutes les aires des vents impétueux, car le fils de Cronos l’en a fait régisseur : à son plaisir, il les excite ou les apaise. Il me donne ce sac, dont la tresse d’argent luisante ne laissait passer aucune brise ; il s’en vient l’attacher au creux de mon navire ; puis il me fait souffler l’haleine d’un zéphyr, qui doit, gens et vaisseaux, nous porter au logis… »

Informe n’est pas abstraction

Si, à première vue, les œuvres de Pascal Jounier Trémelo semblent abstraites, quand on s’approche, nos yeux reconnaissent quelques motifs. On aperçoit différentes matières bien connues – laine et tissu d’ameublement – prises au piège du plâtre ou du béton, on discerne des cerclages de tuyauterie… Finalement, notre quotidien apparaît discrètement dans les sculptures de Pascal Jounier Trémelo. Ses œuvres s’attachent pleinement à la réalité, contrairement à l’art abstrait qui ne représente ni sujet ni objet, mais s’attache seulement aux couleurs et aux formes pour ce qu’elles sont.

Malgré leur aspect informe, voire organique, les œuvres de cet artiste n’existent que par rapport à un référent réel. Objets de chantier et de la sphère domestique sont au centre de sa pratique, bien qu’ils soient difficilement reconnaissables, et pour cause ! Pascal Jounier Trémelo ne s’attache pas à la représentation de ces objets, mais à leur empreinte directe, au moyen du moulage.

L’art du moulage

Inscrite dans l’Histoire depuis l’élaboration des premiers outils fondus par les hommes de la préhistoire, la technique du moulage a rapidement rejoint les rangs de l’art par le biais de la sculpture. Si l’antiquité regorge d’œuvres réalisées par ce procédé, il en va de même pour toute l’histoire de l’art. Pascal Jounier Trémelo s’inscrit alors clairement dans toute cette lignée d’artistes tels que Auguste Rodin ou Alberto Giacometti. Le moulage n’est cependant pas l’apanage de l’art, loin de là ! Le développement industriel des deux derniers siècles l’a pleinement intégré à nos vies. On ne compte plus les objets et meubles fabriqués ainsi, en usine. Le moulage lui-même fait partie de notre quotidien. Qui peut se targuer de n’avoir jamais utilisé un moule pour faire cuire un gâteau ?

Seulement, Pascal Jounier n’use pas de moule classique pour couler ses œuvres. Car si Éole est bel et bien présent dans l’espace d’exposition, il est surtout le compagnon de l’artiste lorsque celui-ci travaille à l’atelier ! Les sillons que le dieu creuse un peu plus chaque jour, ces petits vides dans lesquels se glisse les courants d’air, sont omniprésent ! Pourtant, nous n’y prenons pas garde. Un écart entre deux meubles, une fissure dans un mur, les creux et plis sculptés par un aspirateur qu’on passe sur un tapis, l’intérieur d’un bonnet de laine ou d’une canalisation ou d’une gaine… Cette multitude de passages dans lesquels le vent peut se faufiler sont la base-même des œuvres de Pascal Jounier Trémelo.

 

« Les creux sont des moules. »

 

Ces objets du quotidien et ces vides souvent oubliés sont ici propulsés sur le devant de la scène ! Pascal Jounier Trémelo les transforme en fait des moules pour ses œuvres.

Il ne s’embarrasse cependant pas toujours de leur faire une coque en dur afin de maîtriser au mieux le processus de fixation de la matière, bien au contraire. Les moules sont mous, informes, si bien que le hasard et les enjeux physiques de la gravité donnent aux sculptures des formes aléatoires. Béton, plâtre ou glaise vont ainsi se figer en une masse informe créée par les aléas du tangible. Outre l’histoire de l’art, les mondes de l’architecture, de la biologie, de la géographie et des sciences de la terre font partie intégrante de son travail. Les sculptures de Pascal Jounier Trémelo s’amusent à tisser des liens avec le monde du vivant.

 

« Je pratique une sorte de maçonnerie expérimentale. »

 

Manifester la vérité d’une existence

Pascal Jounier Trémelo laisse une grande part de liberté à la matière, il joue avec les hasards du séchage ou avec les fibres qui se prendront dans la matière lorsqu’il utilise des moules en tissu. La réalité de ces objets, leur vérité-même, s’incruste directement dans ses œuvres. C’est d’ailleurs la force du moulage : mouler, c’est faire une empreinte et donc prélever un morceau de réalité, un morceau de l’existant.

Il en va de même pour ses dessins. Si l’artiste décide au préalable du motif – une ligne tirée d‘un référent réel – qu’il réalisera et répétera sur sa feuille, le fait de dessiner sur une table en béton aux nombreuses aspérités va venir déformer ses traits, leur donner plus de corps et de matière. Ce sont des sillons irréguliers qui se forment d’eux-mêmes sur le papier, en creux et en bosses. En outre, les différents modes de présentation de ces grandes feuilles, suspendues, encadrées ou posées sur des socles fixés au mur, démontrent une envie de spatialisation du dessin, comme on pourrait spatialiser une sculpture. L’artiste donne à ces œuvres en 2D une réalité concrète. D’ailleurs, béton ne se traduit-il pas par « concret » en anglais ?

 

L’objet de la démarche de Pascal Jounier Trémelo n’est pas d’inventer ou de représenter, mais de manifester la vérité d’une existence, de révéler le potentiel expressif contenu dans toute chose.

À propos de l’artiste

Né à St Nazaire en 1976, Pascal Jounier Trémelo vit et travaille à Rennes. Après des études d’horticulture puis de musicologie à Paris, il s’installe dans la métropole rennaise et intègre l’université. Il obtient en 2004 un master en Arts Plastiques. L’ensemble de ses oeuvres propose une relation sensible au réel.

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